SECRETS ET ANECDOTES
Panhard 24 Cabriolet : 6 détails avant-gardistes qui effrayaient la concurrence
La Panhard 24 Cabriolet, aussi connue comme le « Projet S », n’a jamais été produite en série car elle représentait une menace directe pour la gamme Citroën, qui venait de racheter Panhard.
Au milieu des années 60, l’industrie automobile française est en pleine ébullition. C’est l’âge d’or du style, de l’optimisme et de l’ingénierie. Dans ce paysage, Panhard, la doyenne des marques, joue sa survie avec une voiture sublime : la 24. Proposée en coupé (CT) et en berline courte (BT), elle est un chef-d’œuvre de design signé René-Alexis Cadiou.
Mais dans les bureaux d’études, un projet encore plus désirable se prépare : le Projet S, le cabriolet 24.
Pourtant, cette voiture ne verra jamais le jour. Elle sera stoppée net par Citroën, devenu propriétaire de Panhard en 1965. La raison officielle ? Redondance et coûts. La raison officieuse, celle qui se murmure dans les couloirs ? Cette voiture était tout simplement trop bonne.
Elle n’a pas été annulée parce qu’elle était mauvaise. Elle a été sacrifiée parce que ses innovations et son style menaçaient directement l’ordre établi au Quai de Javel. Voici les 6 détails avant-gardistes de la Panhard 24 Cabriolet qui effrayaient la concurrence (Citroën en tête).

1. Une ligne « Latine » qui défiait la hiérarchie
Le premier crime de la 24 Cabriolet était sa beauté. Le coupé 24 CT était déjà considéré comme l’une des plus belles voitures françaises, mais la version cabriolet, débarrassée de son pavillon « bulle », atteignait une pureté absolue.
Basse, tendue, avec une ceinture de caisse rectiligne et un équilibre parfait, elle ressemblait davantage à une Lancia Fulvia Coupé ou une Alfa Romeo qu’à une production française traditionnelle. Elle avait un sex-appeal « premium » instantané.
La menace : Chez Citroën, le seul cabriolet au catalogue était la DS, carrossée par Chapron. C’était une voiture statutaire, magnifique, mais aussi très chère, complexe et lourde. La Panhard 24 Cabriolet proposait une élégance similaire, plus jeune et plus agile, pour un prix qui aurait été bien inférieur. Elle créait un « désir » que Citroën pensait avoir le monopole de servir.

2. Le moteur « Tigre »
Sous ce capot plongeant se cachait le cœur de l’ingénierie Panhard : le moteur bicylindre à plat (flat-twin) refroidi par air. Dans sa version « Tigre M10S » (848 cm³), il développait 60 ch SAE.
Ce n’était pas une puissance brute, c’était une puissance intelligente. Ce moteur était léger, avait un couple surprenant et, surtout, il était incroyablement frugal et fiable. Il permettait à la voiture d’être vive (grâce à son faible poids) tout en conservant des coûts d’utilisation minimes.
La menace : Citroën utilisait aussi des flat-twins (2CV, Ami 6), mais ils étaient perçus comme purement utilitaires. Le moteur « Tigre » de Panhard était un moteur « noble », performant, qui prouvait que l’efficience pouvait rimer avec sportivité. Il dérangeait la philosophie Citroën qui réservait la performance à ses moteurs 4 cylindres complexes et laissait le flat-twin au bas de gamme.
Diagramme : L’Intrus dans la Gamme (Comparatif 1965)
Analyse de la Menace : Panhard vs. Citroën
La Panhard 24 Cabriolet se positionnait de manière unique, combinant des atouts qui faisaient de l’ombre à la gamme Citroën établie.
~25 ch
Populaire, Économique
~60 ch
Chic, Agile, Efficient
~83 ch+
Luxe, Statutaire, Confort
Verdict : La Panhard menaçait de créer un segment « premium-agile » que Citroën ne contrôlait pas.
3. Une rigidité structurelle innée
Un des plus grands défis d’un cabriolet est la rigidité. En coupant le toit, on perd un élément structurel majeur, ce qui entraîne des vibrations et une tenue de route dégradée (le « scuttle shake »). Les ingénieurs doivent alors ajouter des renforts lourds et coûteux.
… Sauf pour la Panhard 24. Elle était construite sur un châssis-poutre central extrêmement rigide, complété par une structure « périmétrique » (cadre de plancher). La caisse elle-même n’était qu’une « robe » posée dessus.
La menace : Cette architecture signifiait que la 24 était naturellement rigide. La transformer en cabriolet ne nécessitait que peu de renforts. Elle aurait donc été légère, agile et aurait conservé la tenue de route exceptionnelle du coupé CT, sans les coûts de développement exorbitants d’une DS Cabriolet (qui, elle, nécessitait un travail de renforcement colossal chez Chapron).
4. Une aérodynamique de pointe
René-Alexis Cadiou n’était pas seulement un artiste, c’était un technicien. La Panhard 24 a été pensée pour fendre l’air. Le capot bas (permis par le flat-twin), les flancs lisses, les phares carénés et le pare-brise « Cadiou-Glass » à double courbure donnaient au coupé CT un coefficient de traînée (Cx) record pour l’époque, autour de 0.31.
La menace : Le cabriolet aurait hérité de cette philosophie. Même décapoté, son profil bas et sa finesse lui auraient garanti une excellente pénétration dans l’air, synonyme de meilleures performances et d’une consommation plus basse à haute vitesse. Elle affichait une modernité que la DS, plus sculpturale mais moins « lisse », ne pouvait revendiquer de la même manière.

5. Le « Cadiou-Glass »
Sur le coupé, la signature visuelle la plus forte était le pare-brise et la lunette arrière. Ils n’étaient pas seulement incurvés horizontalement, mais aussi verticalement. C’était une prouesse technique qui éliminait les montants de pare-brise traditionnels (les « quarter-lights ») et offrait une visibilité panoramique.
La menace : Le cabriolet aurait conservé ce pare-brise panoramique spectaculaire. Associé à l’absence de montants centraux et arrière, il aurait offert une sensation d’espace et de « plein air » inégalée, bien supérieure à celle de ses concurrentes. C’était un détail de design « haute couture » qui donnait un coup de vieux à tout le reste de la production.
6. L’acte de « sabotage »
Le détail le plus avant-gardiste de la Panhard 24 Cabriolet n’était pas une pièce mécanique. C’était son positionnement.
Citroën venait de racheter Panhard et avait un plan strict : Panhard devait s’occuper du bas de gamme (les Dyane étaient assemblées chez Panhard) et libérer le terrain du « premium » et du « design » pour la DS et les futurs projets (comme la SM).
La menace : Le « Projet S » était un acte de rébellion. Il prouvait que le bureau d’études de Panhard était encore capable de créer une voiture désirable, moderne, efficiente et rentable, qui aurait séduit les clients « branchés » des années 60. Elle aurait été un succès. Et c’est précisément pour cela qu’elle a été tuée dans l’œuf. Citroën ne pouvait pas tolérer qu’une marque sous sa tutelle produise une voiture plus « cool » que ses propres modèles phares.
Le Conflit d’Intérêts (1965)
Le Positionnement « Dangereux »
| Modèle | Cible Principale | Point Fort | « Zone de Conflit » |
|---|---|---|---|
| DS Cabriolet | Prestige, Notables | Confort, Statut | – |
| Ami 6 | Populaire, Familles | Économie, Espace | – |
| Panhard 24 Cab. | Jeunes, « CSP+ » | Style, Agilité, Prix | Cannibalise le « Désir » de la DS |
L’héritage d’un fantôme
La Panhard 24 Cabriolet est morte avant d’avoir vécu. Elle est le symbole tragique du génie de Panhard, sacrifié sur l’autel de la stratégie industrielle. Les quelques rares exemplaires qui existent aujourd’hui (souvent des réalisations de carrossiers indépendants basées sur des coupés) sont là pour nous rappeler ce « et si… ».
Cette voiture n’était pas seulement avant-gardiste par ses détails techniques ou son style. Elle l’était par son concept même : un cabriolet compact, chic, efficient et intelligent. Une voiture qui, si elle avait été commercialisée, aurait non seulement pu sauver Panhard, mais aurait aussi donné un sacré coup de vieux à la concurrence.
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