CONCEPTS & RENDUS
Citroen Tempest R : V8 Brut, Hybride Discret ou Hydrogène Performant ?
Le concept Tempest R est une réinterprétation moderne et brutale de l’icône Citroën SM
Il y a des voitures qui ne meurent jamais. Elles hantent les esprits, inspirent des générations et laissent un vide que l’industrie, malgré ses milliards en R&D, peine à combler. La Citroën SM de 1970 est de cette trempe.
Lancée au faîte de l’optimisme technologique français, la SM était un pur produit de l’ère Concorde. C’était un « vaisseau » de Grand Tourisme, un manifeste roulant. Pensez-y : un V6 Maserati (fruit du rachat de la marque au trident par Citroën), une suspension hydropneumatique qui donnait l’impression de flotter, la fameuse direction DIRAVI à rappel asservi, et un design signé Robert Opron qui, aujourd’hui encore, semble venir du futur. Avec ses 170 ch, elle « prenait » 220 km/h dans un confort que les Allemandes ne pouvaient qu’envier. Mais elle était complexe, chère, et est arrivée au pire moment : le premier choc pétrolier de 1973. En 1975, c’était fini.
Depuis, le « Haut de Gamme » français cherche sa voie, oscillant entre le confort bourgeois et le premium sans saveur. L’audace, la vraie, celle qui frôle l’arrogance, s’est évaporée.
C’est précisément ce vide que le concept numérique « Tempest R », imaginé par Eduardo Benz, vient combler avec la subtilité d’un coup de marteau. Ce n’est pas un hommage poli ; c’est une réincarnation brutale, un « what if » provocateur qui pose la question fondamentale : à quoi ressemblerait le charisme de la SM s’il était réinjecté dans une carrosserie moderne avec une fureur décomplexée ?
Chez Eduardo Benz Design, nous avons analysé cette proposition fascinante, et elle nous mène à un dilemme mécanique crucial pour l’avenir de la passion.
L’Héritage Néo-Brutaliste
La première chose qui frappe est l’agressivité. Là où la SM originelle était un objet lisse, presque liquide, la Tempest R est taillée dans la masse, nerveuse, musclée. La face avant est une réinterprétation magistrale de la « verrière » à six phares de l’époque. Ici, plus de vitre protectrice, mais des blocs optiques acérés, scindés par des appendices aérodynamiques en carbone. Le « double chevron » n’est pas posé, il est sculpté, intégré au-dessus d’une plaque d’immatriculation française qui ancre le projet dans son territoire.
Le profil confirme l’inspiration. Nous retrouvons cette ligne de fastback pure, ininterrompue, qui plonge vers un arrière tronqué. Mais les proportions sont bouleversées. Les ailes sont gonflées, « bodybuildées » pour accueillir des jantes noires à déport, cerclées d’or. Le clin d’œil le plus évident ? La roue arrière, partiellement carénée par la carrosserie, une signature stylistique directe de la SM et de la DS. C’est un choix audacieux, un pont entre l’efficacité aérodynamique d’hier et l’esthétique « restomod » d’aujourd’hui.
Un Cocon GT du 21e Siècle
Si l’extérieur est une réinterprétation, l’intérieur est une révolution. Le designer a imaginé un cockpit qui fusionne le luxe français et la technologie des « Hyper-GT ». Oubliez le plastique et les cadrans étranges de l’ancêtre. Ici, nous sommes accueillis par une planche de bord digitale, s’étirant jusqu’à une console centrale flottante et tactile.
Le traitement des couleurs est superbe : un cuir bordeaux/rouge profond enveloppe le conducteur, contrasté par des touches d’or/bronze sur le volant, les aérateurs et la console. C’est un espace à la fois sportif et luxueux, un cocon technologique qui ne trahit pas sa vocation de « Grande Routière » capable d’avaler les kilomètres.

Une Poupe Spectaculaire et Fonctionnelle
L’arrière est peut-être la partie la plus réussie. Il parvient à être à la fois moderne et instantanément reconnaissable. La lunette arrière concave, si chère à la C6 ou à la CX, est ici suggérée par la forme du hayon. Un bandeau lumineux horizontal unit les feux, une tendance actuelle parfaitement exécutée. Mais le spectacle est en bas. Un diffuseur massif en carbone, intégrant non pas deux, mais quatre sorties d’échappement.
Ces quatre sorties ne sont pas un détail. Elles sont une déclaration. Elles sont la promesse d’une mécanique noble, bruyante, et à l’opposé de la discrétion électrique. C’est ce qui nous amène au cœur du sujet.
Le Cœur de la Bête
L’image la plus provocante de cette série est celle du capot soulevé. Sous une barre anti-rapprochement dorée, trône un moteur qui fait honneur au V6 Maserati : un V8 atmosphérique.
Ce choix esthétique ouvre le débat technique. Si la Tempest R devait exister, quel serait le groupe motopropulseur légitime pour une telle machine en 2025 ? Le titre de l’article le pose, nous y répondons.
Option 1 : Le V8 Brut (L’Héritage Américain)
C’est l’option « Muscle Car ». Un V8 6.2L LT1 de Corvette, ou un 5.0L Coyote de Mustang.
- Pour : Le son. Le caractère. L’émotion pure. Une puissance facile (450-500 ch) et un couple généreux, avec une fiabilité éprouvée. Ce serait l’esprit « Hot Rod » à la française.
- Contre : L’image « vieille école ». Les émissions de CO2. Le malus écologique en France serait astronomique, la rendant invendable. C’est une vision romantique, mais peut-être anachronique.
Option 2 : Le V8 Hybride Discret (La Raison Performante)
C’est l’approche moderne des « Super-GT ». Pensez Porsche Panamera Turbo S E-Hybrid. Un V8 4.0L bi-turbo, couplé à un moteur électrique.
- Pour : Le meilleur des deux mondes. Une puissance cumulée qui pourrait dépasser les 700 ch, un couple instantané, et la capacité de rouler en 100% électrique en ville. L’efficience au service de la performance brute.
- Contre : Le poids. L’ajout des batteries et du moteur électrique alourdirait considérablement cette GT, ce qui est l’ennemi de l’agilité prônée par la SM originelle.
Option 3 : L’Hydrogène Performant (L’Esprit d’Avant-Garde)
C’est, pour nous, l’option la plus fidèle à l’esprit SM. La SM n’utilisait pas un moteur commun ; elle utilisait un V6 Maserati, une technologie exotique. L’avant-garde aujourd’hui, ce n’est pas le 100% électrique. C’est peut-être le moteur à combustion… à hydrogène.
- Pour : Toyota et Yamaha travaillent sur un V8 5.0L qui brûle de l’hydrogène. Le résultat ? Presque zéro émission de CO2, tout en conservant le son, les vibrations et le plaisir mécanique d’un moteur à combustion. Ce serait un coup de génie, un retour à l’innovation radicale.
- Contre : La technologie n’est pas encore mature pour la série, et le réseau de distribution d’hydrogène est inexistant.
Voici un résumé de notre analyse comparative :
| Option de Motorisation | Puissance (estimée) | Couple (estimé) | Émissions CO2 | « L’Esprit » (Feeling) |
|---|---|---|---|---|
| V8 6.2L Atmo (Brut) | ~480 ch | ~640 Nm | Très Élevées | Muscle Car / Émotion pure |
| V8 4.0L Bi-Turbo Hybride | ~700+ ch (cumulé) | ~900+ Nm (cumulé) | Faibles (cycle WLTP) | Hyper-GT / Efficacité brutale |
| V8 5.0L Hydrogène | ~450 ch | ~540 Nm | Quasi-Nulle | Avant-Garde / L’esprit SM |
Positionnement et Ambition d’un Fantasme
Ce concept Tempest R n’est évidemment pas destiné à la grande série. Il incarne le rêve d’un « coachbuilder », d’un atelier d’exception comme Singer pour les Porsche ou Eagle pour les Jaguar.
Quant au prix, dans un tel scénario « coachbuild », il ne faut pas s’attendre à moins de 300 000 €, voire beaucoup plus selon la motorisation choisie et le niveau de personnalisation. C’est le prix de l’exclusivité, le prix d’un design qui ose.
Tempest R est un Manifeste
La Tempest R d’Eduardo Benz est bien plus qu’un simple « restomod » numérique de la Citroën SM. C’est un manifeste. Il prouve que l’héritage français n’est pas condamné au confort feutré et à l’électrique sans saveur.
Il existe une voie pour une GT française radicale, spectaculaire et innovante. En posant le dilemme entre le V8 brut, l’hybride efficace et l’hydrogène avant-gardiste, ce concept ne se contente pas de regarder le passé ; il nous force à questionner le futur de la passion automobile. Et c’est exactement le rôle du grand design.
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